
L’occupation par les salariés de l’usine de thé Elephant à Gémenos est emblématique des luttes à mener pour inverser le rapport de force entre le monde du travail et celui de la finance
Milice privée, menaces et intimidations, coups et blessures, contrôle d’identité des salariés à l’entrée, entraves à la liberté syndicale… le quotidien des salariés en lutte pour leurs droits devient de plus en plus oppressant et dangereux. Les méthodes employées par les patrons dans notre région, que ce soit chez Fralib à Gémenos ou dans les enseignes Mac Donald’s de Marseille, La Valentine et Aubagne, où la violence sert d’argument, sont symptomatiques d’une époque où les rapports de force entre les uns et les autres se durcissent. Jusqu’à l’explosion ?
Le courage des Fralibiens en grève depuis près de 600 jours pour protéger leur outil de travail et la détermination des jeunes salariés de la restauration rapide en lutte depuis plusieurs mois pour obtenir un meilleur traitement annoncent les résistances à venir pour faire basculer le nouvel ordre mondial qui condamne 99% des individus à dormir sur la paille quand les richesses s’accumulent de manière indécente entre les mains d’une oligarchie mondiale.
La convergence des luttes comme en témoigne le soutien apporté par les Mac Do aux Fralib et celui des délégations de l’agroalimentaire venues de toutes les régions au rendez-vous lancé par les syndicats pour partager les tours de garde dans l’enceinte de l’usine montrent que la peur a changé de camp et éclairent d’un jour nouveau l’enjeu d’un rapport de force essentiel pour changer la donne. La violence avec laquelle les chargés de pouvoir du système capitaliste répondent aux revendications légitimes des travailleurs et des sans-grades est l’ultime recours de gens acculés, dos au mur, pris la main dans le sac. Presque un aveu de faiblesse. Les masques tombent et le peuple refuse désormais d’avaler des couleuvres. A la lumière des politiques libérales qui ruinent la vie de millions d’individus en Europe et ailleurs, le système capitaliste a montré son véritable visage. En France et en Grèce ses beurriers ont reçu un premier coup de semonce avec l’émergence d’une gauche radicale pas disposée à courber l’échine devant le diktat de la finance. Le visage de la « classe ouvrière » change et avec lui la conscience des sans-grades d’appartenir à un même monde se consolide.
Les salariés de Fralib veulent faire la démonstration que leur projet de reprise de l’activité de production sur le site de Gémenos est viable. Face à la multinationale Unilever qui avait réclamé l’expulsion des grévistes de l’usine de thé Elephant, le tribunal de grande instance de Marseille a accordé aux Fralibiens un délai de quinze jours avant d’ordonner leur expulsion, jugée illicite, reconnaissant ainsi la légitimité de leur lutte pour la sauvegarde de leur emploi et la survie de l’entreprise. Quinze jours, c’est un délai suffisant pour que le nouveau gouvernement puisse agir dans ce dossier. Arnaud Montebourg, en campagne pour les primaires socialistes, était venu à la rencontre des salariés en septembre 2011. Le désormais ministre du Redressement Productif a indiqué il y a quelques jours sur France 2 qu’il comptait venir rencontrer les salariés. Quelle sera sa marge de manœuvre ? Il est temps pour le gouvernement socialiste d’envoyer un signal fort en direction des salariés en lutte en se rangeant du côté de celles et ceux dont la vie peut basculer à cause de la cupidité de quelques actionnaires. Inverser les rapports de force entre le travail et la finance, voilà l’enjeu de cette bataille.
Dans quelques jours une autre bataille tout aussi décisive a lieu dans les urnes avec cet objectif : installer une majorité de gauche à l’assemblée pour impulser les réformes nécessaires au pays et empêcher que la droite ultralibérale ne reprenne la main dans un rapport de force qui en une décennie de pouvoir sans partage (l’UMP a trusté depuis 2002 tous les pouvoirs institutionnels : assemblée nationale, sénat, gouvernement, présidence de la république, conseil constitutionnel, conseil économique et social) n’a jamais été favorable au monde du travail.
Thierry GIL
Tags:arnaud montebourg, assemblée nationale, aubagne, élections législatives, fralib, gémenos, la valentine, mac do, marseille, thé éléphant













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